Libraire-expert de livres et manuscrits anciens
1000 - 1500 €
Estimation d'un livre ou d'un manuscrit
MITTERRAND, François

Lettre autographe deux fois signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

[Fort d’Ivry], 2 janvier 1939

“DEPUIS LE JOUR OÙ J’AI PRIS TES LÈVRES, TON VISAGE… ”

VŒUX DE LA NOUVELLE ANNÉE, 1939

2 pp. in-8 (266 x 207mm), encre noire. 

CONTENU : 

Le lundi 2 janvier 1939

Ma Marie-Louise bien-aimée, je te promets dans la limite de mes forces, une année heureuse. Promesse dangereuse : ce désir, cette fièvre qui me chassent des êtres, des lieux auxquels un jour je m’attache, pourquoi ne les connaîtrais-je pas avec toi ? Mais promesse sûre : depuis le jour où j’ai pris tes lèvres, ton visage, - et c’était comme si je prenais totalement possession de toi : on ne donne pas sa vie deux fois -, depuis ce jour où je t’ai dit mon amour, à toi, toute petite fille encore, jamais ma tendresse ne s’est éloignée de toi, jamais je n’ai véritablement cherché hors de toi mon bonheur.

Je ne puis te souhaiter davantage : que notre amour demeure le centre de notre vie, que chaque jour de 1939 nous trouve unis, matériellement ou par l’esprit ; qu’avec la même ferveur, nous connaissions la douceur d’être ensemble. Pour cela, ma fiancée adorée, je ferai tout. Et toi, et ce que je te dis là est grave, comprends et joue dès maintenant le rôle de toute ta vie auprès de moi. Souviens-toi de cette fragilité dont je t’ai parlé dans ma lettre : elle existe en moi, et sera toujours là, car elle ne vient pas de ce que mon amour faiblit, mais de ce qu’il demande. Reste toujours telle que je t’aime, et veille sur moi. Tu seras ma femme, ma Marie-Louise : et nous serons liés l’un à l’autre par toutes les forces du corps et de l’âme. Rien ne devra se contredire essentiellement. Mais que déjà tu dois le refuge vital et bien-aimé de chaque minute de cette année, c’est indispensable. Il faut que cette année se passe non pas à préparer notre bonheur, mais à le vivre.

Ma toute petite fille chérie, prions Dieu tous les deux de nous bénir. Que fera-t-il de nous en 1939 ? Je lui demande ardemment de nous épargner les épreuves terribles si menaçantes en septembre dernier. Mais je veux que tu saches que rien au monde, quelle que soit la séparation, quelle que soit la menace, ne m’éloignera de toi. Nous formons à nous deux un tout. Qui ou quoi pourrait nous désunir ? Je t’aime, et tu es tout pour moi. Si tu savais la joie enivrante que je connais à t’avoir tout près de moi ! Si tu savais la certitude que je possède, même loin de toi, au souvenir de ces instants où tu es à moi, ma fiancée très aimée ! Mais vite, j’ai hâte de te retrouver. Tout à l’heure, tu seras avec moi. Tout à l’heure, je te dirai mon amour. Mais sur cette lettre, comme sur chaque lettre que je t’enverrai le long de cette année, je veux t’écrire que je t’embrasse de toute ma tendresse et que je t’aime. C’est fait. Au revoir Zou, ma Béatrice.

François

[Apostille :] Mercredi 4/1/39

Je ne sais si je pourrai vous faire parvenir ce mot ce soir. Je ne vous ai pas vue, ma chérie, ma déception est grande. Mais je vous aime. J’espère recevoir une lettre demain. En tout cas, à samedi, même heure. D’ailleurs, je vous écrirai. Ma chérie, je t’embrasse, je t’adore.

François