Libraire-expert de livres et manuscrits anciens
300 - 500 €
Estimation d'un livre ou d'un manuscrit
MITTERRAND, François

Lettre autographe deux fois signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

[Fort d’Ivry], 3 janvier 1939

“JE NE CONÇOIS L’AMOUR, L’AMOUR QUE J’AI POUR VOUS, QUE COMME LE SEUL BUT POUR LEQUEL TOUT DOIT ÊTRE SACRIFIÉ”

“VIVE 1939 !”…

3 pp. in-12 (200 x 152 mm), encre noire. 

CONTENU : 

Le 3 janvier 1939

Marie-Louise, ma bien-aimée,

J’arrive de Montrouge où j’ai tiré. Marche rapide ; entraînement perdu : je suis las. Avec ça, j’ai trouvé le moyen de recevoir un casque sur le front, ce qui m’a entaillé la peau et plus. Résultat, ma tête est un peu engourdie, mon corps est fatigué : service militaire en plein. Mais je ne veux pas, ma chérie, laisser passer cette soirée sans vous écrire. Il m’est impossible de perdre complètement une journée. Et perdre une journée, c’est maintenant pour moi ne pas vous voir ou ne pas vous témoigner mon amour.

Hier soir, nous avons frôlé bien des sujets graves. Il est bon que nous arrivions à connaître nos avis sur les multiples aspects de la vie. Et la nature de notre amour, sa force, sa place, son importance, nous devons les déterminer et les confronter avec ce que nous voulons : un tout qui soit le plus près possible de l’Absolu.

Nous devons tout faire pour que notre amour demeure la base essentielle de notre vie. Pas en contradiction avec d’autres affections : il s’agit de plans différents. Mais notre amour doit constituer le plan supérieur. Je ne conçois l’Amour, l’amour que j’ai pour vous, que comme le seul but pour lequel tout doit être sacrifié. Mais nous reparlerons de cela.

J’ai été étourdi hier. J’ai oublié de vous donner une lettre, je l’avais pourtant sur moi. Tant pis, je vous l’apporterai demain. Car demain je compte bien avoir la grande joie de vous voir. Ma journée et celles qui suivront seraient vraiment trop tristes autrement. Et je ne garde pas de ma soirée d’hier un souvenir tellement mauvais que recommencer de si doux instants puisse me paraître désagréable perspective !

Ma toute petite Zou chérie, je vous adore. Je ne puis vous dire que cela avant de me coucher. Cette nuit dernière, je me suis réveillé vers quatre heures et ne me suis pas rendormi avant le lever. Cela m’a permis, ma toute chérie, de rêver, de vous imaginer, de vivre par la pensée avec vous, intensément. Avez-vous lu Les Anges noirs [François Mauriac] ? Et Fontaine [Charles Morgan] et Les Chansons et les heures [Marie Noël] ? Vous me direz ce que vous en pensez. Ma bien-aimée à demain mercredi même heure, même endroit. Vite ce moment ! Je ne suis heureux qu’avec vous. Je t’aime, ma Marie-Louise.

François

Je t’aime ? Mais je n’en reviens absolument pas : je t’aime plus que tout. Et 1939 menace de voir durer un état aussi extraordinaire ! Vive 1939 ! Je t’aimerai chaque jour de cette année davantage. Bonsoir, Zou ma chérie.

Fr.