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MITTERRAND, François

Lettre autographe deux fois signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

[Fort d’Ivry], 6 janvier 1939

“AVEC LA FERME VOLONTÉ DE PRÉSERVER NOTRE AMOUR, JE SAURAI ME MONTRER SUFFISAMMENT CONCILIANT AVEC TA MÈRE”.

FRANÇOIS DALLE SERT DE MESSAGER

2 pp. in-8 (267 x 208 mm), encre noire. 

CONTENU : 

Le 6 janvier 1939

Mon tout petit Zou bien-aimée,

Ce soir encore je ne vais pouvoir t’écrire qu’à toute vitesse. L’étude est surveillée par un sergent qui ne me permettra sans doute pas d’aller porter cette lettre ; alors je me dépêche de t’écrire dans le quart d’heure qui précède cette étude. Ma toute chérie, j’espère que ta mère et ta grand-mère ne vont pas plus mal. L’absence de lettre ce matin m’inquiète un peu. Je pense beaucoup à toi et aux tiens, tu le sais.

Ma toute petite Marie-Louise, je m’aperçois que je t’aime tout autant ce soir qu’auparavant ! Et cependant cela fait quatre jours que je ne t’ai pas vue ! Qu’as-tu fait de ta journée d’hier ? Raconte-moi cela. Es-tu allée régulièrement au lycée, mardi et mercredi ? Enfin je compte bien savoir tout cela et bien autre chose samedi, c’est-à-dire demain, à 18h-18h1/4. Il faut absolument que je te voie. J’ai besoin de te dire mon amour. Et surtout en ce moment où tu as des sujets de peine, je veux être le premier à être près de toi, à te consoler de mon amour.

Depuis trois ou quatre jours on nous mène ici à un train d’enfer. La Bêtise et la rigueur militaires en plein ! Exemples : 4 jours de prison à l’un de mes voisins de lit pour couverture déchirée, 4 jours de salle de police à mon voisin de droite pour lit légèrement plissé, etc. Actuellement sur 10, dans ma chambre, nous ne sommes plus que deux à avoir le droit de sortir samedi et dimanche prochains ! Et il reste demain… Tu vois qu’il m’arrivera certainement au cours des semaines qui vont venir d’être consigné au quartier ! Aussi, ne faut-il pas manquer de se voir chaque fois qu’il nous est possible de le faire. Ma Zou chérie, je termine. Dis-moi que nous nous verrons sûrement demain. Et si par impossible nous nous manquions, dimanche, nous nous rencontrerions sans aucun doute (si demain soir je ne te voyais pas, ce qu’il ne faut pas, j’irais t’attendre à la messe de 9 heures (puis à 18h à Vavin) à Saint-Dominique, Bd St Jacques).

Bonsoir ma toute petite que j’adore. Comme tu me manques, j’ai hâte de te tenir contre moi et de te dire que je t’adore infiniment.

François

Mon petit Zou chéri,

Juste ces quelques mots. J’ai vu François Dalle ce soir, porteur de ce mot que je lui avais envoyé hier, et j’y ajoute un peu de mon amour de la journée. Car il est solide l’amour de cette journée : vous avez été si délicieuse et si obéissante. Mon tout petit Zou, je t’adore. J’ai le cafard d’être loin de toi. Écris-moi vite ma fiancée chérie : tu me manques trop. Je répondrai demain sans doute à ta mère. Je te ferai donc porter ma lettre de demain par Fr. Dalle. Remonte donc par le Bd St Michel mardi, à 12h. Je préfère ne pas mettre les deux lettres de demain à la même adresse ! Ça ferait trop pour la même famille !

Ma très chérie, si par hasard j’ai quartier libre mercredi après-midi, je te le dirai dans une lettre. Je t’adore. Bonsoir, ma bien-aimée. Sois sans craintes, je ferai tout pour notre amour, avec la ferme volonté de préserver notre amour, je saurai me montrer suffisamment conciliant avec ta mère.

Ma chérie, bonsoir, encore. Et je t’aime. Et je t’embrasse très tendrement.

François