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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

[Jarnac], 28 août 1938

“IL N’Y A RIEN À FAIRE, RIEN À Y CHANGER : JE VOUS AIME, ÊTES-VOUS LASSE DE ME L’ENTENDRE DIRE ?”

2 pp. in-8 (272 x 212 mm), encre noire. 

CONTENU : 

Le 28 août 1938.

Ma petite fille chérie,

Je suis horriblement jaloux de cette lettre. Dans deux jours, elle sera sans doute près de vous, toute à vous. Elle saura ce que vous faites ; peut-être devinera-t-elle ce que vous pensez. Et moi, je reste là ! En effet, il n’y a rien à faire, rien à y changer : je vous aime, êtes-vous lasse de me l’entendre dire ? Voici que je ne puis désormais vous écrire six lignes sans vous parler de mon amour ! À croire que le sujet est inépuisable. Je ne me sens pas la force d’être spirituel (selon mes moyens !), ni la force de styliser. Il me vient même l’envie de faire un tas de fautes d’orthographe, rien que pour vous démontrer que vous êtes ma seule attention ! Je vous aime, Marie-Louise, indiquez-moi vite un remède : encore la guérison sera-t-elle difficile ! Ainsi, cela menace de durer longtemps… Vous commencez fort bien, dites-vous, à vous habituer à penser à moi 99 minutes sur 100. Mais alors, ma chérie, quel ennui ce doit être pour vous !… Et pourvu que ça ne change pas. Si vous saviez tous les détails qui me reviennent à l’esprit ; les nuances de votre visage et de vos attitudes que je recompose, avec un soin infini. Si vous saviez de quel amour je vous entoure. Je vous imagine à chaque instant, telle que vous serez, avec moi, dans le futur.

Et maintenant, ma toute petite fille chérie, pendant que je vous écris cela, vous respirez l’air de la Côte d’Azur. Pensez-vous à moi ? De retour à Grozon, vous retrouverez vos redoutables voisins pendus aux murs de votre chambre. Vous vous baignerez (je trouve fort imprudent de se baigner si souvent quand il fait froid (14°) !), et vous recevrez cette lettre ? Penserez-vous à moi ? Si oui : alors, écrivez-moi. Dites-moi que vous m’aimez. (N’oubliez pas de me le dire !). Pour la première fois de ma vie, la lassitude ne me visite pas. Pourquoi ? Parce que je vous aime. Dans d’autres lettres, je vous raconterai tout ce qui a pu me venir à l’esprit, les projets auxquels je vous associe, tout ce que m’apporte votre amour, tout ce que je veux en faire. Aujourd’hui, je veux seulement vous donner le témoignage de mon amour, le plus simple, et je répète les trois mots si chargés de sens : je vous aime.

Ma Marie-Louise chérie, comme si vous étiez près de moi (quels souvenirs merveilleux, quels espoirs désormais proches !) comme si rien ne nous séparait. Rien. Comprenez-vous que vous êtes pour moi ce que j’aime plus que tout ?

François

Dites-moi vos adresses à venir. La date de votre retour à Valmondois et passage à Paris. J’attends une lettre… et je vous remercie de vos dernières lettres qui m’ont été bien douces. Avez-vous reçu mes lettres des 16 et 20 août ? (la 1ere adressée à Valmondois, la 2me à Grozon ?)

Je vous aime.

L’orthographe de glaïeul était bon [sic]. Et l’idée excellente. Merci

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