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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

[Jarnac], 24 septembre 1938

“EST-CE LE PRÉLUDE D’ÉVÉNEMENTS DÉCISIFS ?”

CINQ JOURS AVANT L’ANNEXION DES SUDÈTES PAR LES NAZIS, MITTERRAND DONNE SES CONSIGNES POUR PROTÉGER SA RELATION AVEC CATHERINE LANGEAIS

2 pp. in-8 (224 x 175mm), encre bleue. 

CONTENU : 

Le 24 septembre 1938

Ma Marie-Louise bien-aimée,

À la fin de cette lourde journée d’automne j’aime vous retrouver et vous dire que je pense à vous. Ce matin, les affiches de rappel de certains réservistes nous ont remis dans une atmosphère trouble ; scènes curieuses de la rue ; agitation de gares ; inquiétude latente de chaque visage : est-ce le prélude d’événements décisifs ? Est-ce un nouvel à-coup sans conséquences immédiates ? Qui le sait ? Et chacun pense à ceux qu’il aime.

Et moi, je pense à vous, que j’aime. Vous qui avez pris la première place dans ma vie, la seule place essentielle. Vous qui serez, si Dieu le veut, ma femme bien-aimée. Dans une lettre précédente, je vous donnais toutes les indications sur ce qu’il nous faudrait faire si la guerre éclatait. Je n’y reviens pas. Il ne s’agit pas d’être pessimistes, ni d’être optimistes. Quels que soient les événements, il ne faut pas être pris à défaut. Il ne doit pas y avoir d’imprévu.

Ce soir, je vous répéterai seulement le principal, ce que nous ne devons jamais oublier : nous nous aimons et nous savons qu’il n’y a rien au-dessus de notre amour. Ce que je dois faire, ce que vous devez faire, c’est mettre tout en œuvre, non pour aider notre amour à vivre - il est désormais installé et de façon immuable, au plus profond de nous -, mais pour demeurer en contact étroit de manière à limiter les inquiétudes. J’attendrai donc de vous, quoiqu’il arrive, des nouvelles nombreuses, même si, par cas de force majeure, bien compréhensible, je vous laissais à certains moments sans nouvelles de moi. Et puis, il faut que nous sachions l’un et l’autre que nous nous aimons pour toujours. Là, nous puisons notre courage et l’espérance nécessaires.

Ma toute petite fille chérie, j’attends de courrier en courrier une lettre de vous : avec quelle joie je la recevrai ! Dites-moi quand vous retournez à Paris ou indiquez-moi, immédiatement, tout autre adresse. Dites-moi aussi où je dois vous écrire la semaine prochaine. Ma Marie-Louise chérie, je voulais que demain vous receviez ces quelques lignes : elles vous apporteront un peu de ma présence, et tout mon amour “sans limites”. Demain, à la messe, et chaque jour, priez pour nous deux, pour notre amour. Et si les jours passent vite et sans heurts, ah ! comme je volerai avec une infinie tendresse, ce Bonheur prochain que j’attends de vous, ma fiancée chérie.

François

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