Libraire-expert de livres et manuscrits anciens
300 - 500 €
Estimation d'un livre ou d'un manuscrit
MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

Paris, 16 rue Gustave Zédé, 29 septembre 1938

LE RETOUR À PARIS.

“JE VOUS AIME TROP POUR ÊTRE PATIENT”

2 pp. in-8 (268 x 208 mm), encre noire. 

CONTENU : 

Le 29 septembre 1938

Ma Marie-Louise chérie,

Me voici à Paris. Ciel, rues, visages, rumeurs, je les ai reconnus comme des amis. Mais des amis qui comptent peu, car ce n’est pas eux que je suis venu chercher. J’avais décidé de quitter Jarnac hier matin. Avant de partir, j’ai reçu votre lettre : je l’attendais depuis longtemps et commençais à faire cent suppositions pouvant expliquer votre silence. J’ai dû d’ailleurs retarder mon départ de quelques heures parce que je suis allé quérir à Royan, dans l’après-midi, ma sœur d’Algérie revenue en hâte en France retrouver ses trois petits enfants. À 22h26, je quittais Angoulême et à 4h30, ce matin 29 septembre, trois mois jour pour jour après notre séparation, je touchais le sol de Paris “ma grande ville”.

J’ai déjà fait une sorte de pèlerinage… Et votre pensée, ma chérie, me suit partout. Je redécouvre à chaque instant que je vous aime. Pas à moitié, mais totalement, absolument. Comme il n’est possible d’aimer qu’une fois. Si je suis ici, c’est uniquement pour vous, et pour vous voir. Plus rien n’a d’intérêt pour moi, si ce n’est vous retrouver, vous entendre dire que vous m’aimez.

Vous ne retournez, me dites-vous, que la semaine prochaine avenue d’Orléans. Je maudis Jean Zay et ne lui pardonnerai jamais cela ! Mais ne serait-il pas possible de vous voir quand même ? Je le désirerais tant ! Ne pouvez-vous pas me donner rendez-vous à Valmondois et environs ? Ou venir à Paris, au moins un jour, qui permettrait cette rencontre si longue à venir ? Pensez très sérieusement à un moyen que vous m’indiqueriez aussitôt. Je serai certainement à l’endroit fixé. Voyez-vous, ma Marie-Louise, je vous aime trop pour être patient : et si vous-même le désirez, faites que cette impatience ne trouve pas trop libre champ !

Cette lettre doit être courte : on m’attend pour dîner. J’ai déjà revu plusieurs amis et amies (vrais ou faux, en tout cas rien de dangereux (pour les secondes !)). Je suis moi-même tout étonné de constater que plus rien n’existe hors de vous ! Mais je m’y fais très bien, et ne changerais pas d’état pour les trésors les plus fastueux ! Je vous aime : qu’y a-t-il de plus merveilleux que cela ?

Ma toute petite chérie, je vais vous demander un gros sacrifice : de façon à ce que samedi je sente un peu votre présence et votre amour, écrivez-moi demain et dites-moi tout ce que vous m’auriez dit (ou pensé) ce jour-là. Cela remplacera vaille que vaille ce que j’espérais… J’y tiens beaucoup.

Chérie, j’ai un tas de choses à vous raconter : projets, ambitions (vous m’aiderez à les réaliser), et surtout : mon amour pour vous. Je suis si facilement inquiet que vous aussi devez me confier que vous m’aimez… Au moins un tout petit peu… Ma Marie-Louise bien-aimée, à très bientôt, n’est-ce pas ? J’ai hâte de vous voir enfin, vous que j’aime plus que tout.

François

P.S. : 1) j’espère bien vous voir d’ici une semaine, car après le 19 oct… Service !
2) voici mon adresse : chez M. Bouvyer, 16 rue Gustave Zédé 16, Paris 16ème.

Éternel post-scriptum : je vous aime.

Petite déchirure en tête