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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

Paris, 16 rue Gustave Zédé, 6 octobre 1938

RENDEZ-VOUS AU LIEU DE RENCONTRE HABITUEL, LE JARDIN DU LUXEMBOURG

2 pp. in-8 (269 x 209mm), encre bleue. 

CONTENU : 

Le 6 octobre 1938

Ma Marie-Louise très chérie,

Depuis ma dernière lettre (de jeudi dernier 29 sept) (l’avez-vous reçue ?) j’attendais avec une très grande impatience un mot de vous. Je vous aime trop pour n’être pas à l’affût de chaque manifestation de votre amour et j’attache trop de prix à tout ce qui me vient de vous pour ne pas trouver toute attente interminable.

Dans votre lettre, vous me dites que votre mère a été (est peut-être encore) dans un état très grave. Je comprends votre peine : parce que j’ai moi-même connu de semblables inquiétudes, je sais ce que représentent de tels moments aussi, parce que tout ce qui vous touche me touche également et je voudrai que ma vie se passe à souffrir de vos souffrances, à respirer toutes mes joies, à ne connaître que votre vie. Je souhaite, ma chérie, la guérison de votre mère, et je vous dis, si cela peut atténuer votre peine, tout mon amour.

Cette semaine vécue à Paris m’a paru très longue. Elle a pourtant été remplie d’un tas d’occupations, de distractions. Sorties le soir, tennis et tout ce qui fait la vie bousculée d’ici ne m’ont pas épargné. Mais je traînais avec moi la tristesse de ne pas vous avoir près de moi. Tout s’est ligué pour que vous paraissiez loin de moi, pour que ma pensée s’éloigne de vous, pour me fournir les occasions de vous oublier. On eut dit que l’approche de notre rencontre, de ce moment où vous redeviendrez ma petite fiancée dans mes bras, nécessitait l’opposition de tout ce qui pourrait nous séparer. Mais je vous ai donné trop d’amour pour vous en retirer une parcelle. Je vous l’ai déjà dit, je vous aime plus que tout et pour toujours et ma pensée vous a suivie constamment, vous que je préfère à tout.

Vous me dites que nous ne nous verrons sûrement samedi mais vous ne me fixez pas de rendez-vous ! Je ne sais donc pas quand vous serez libre. Si donc vous le pouvez, je vous attendrai samedi, au même endroit que d’habitude (quelque soit le temps, pluie, vent etc.) : Luxembourg, Porte Vavin. Par exemple à 15 heures, mais j’y serai dès 14h30 et y resterai jusqu’à 15h30. Si vous n’êtes pas libre à cette heure, venez à 16h15, j’attendrai jusqu’à 17h. Venez donc le plus tôt possible ! J’ai tellement hâte de vous revoir, et longuement. Ma Marie-Louise chérie, je veux vous dire que je vous aime. Faites tout pour qu’enfin je puisse vous donner ce témoignage d’amour, à cet instant où plus rien ne nous séparera.

Si une autre heure vous convient (samedi matin par exemple), vous pouvez ou m’écrire une lettre vendredi de façon à ce que je l’aie samedi matin, ou m’envoyer un pneumatique, ou me téléphoner (Jasmin 50-50) (même si je n’y suis pas, faites-moi transmettre votre communication).

Alors à samedi sûrement.

Je vous aime et rien ne peut me procurer plus de bonheur que votre présence, et l’affirmation de votre amour.

François

16 rue Gustave Zédé