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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

[Paris], 23 octobre 1938

REMARQUABLE DISPOSITION DIAGONALE DE L’ÉCRITURE DE FRANÇOIS MITTERRAND SUR LA PAGE, COMME UNE DANSE.

“DÉSORMAIS, JE NE PENSE PLUS QU’À DEUX”.

1 p. in-8 (269 x 208 mm), encre noire. 

CONTENU : 

Le 23 octobre

De la musique cassée aux détours du lambeth-walk, aux pirouettes du pasodoble, aux monomanies du tango, des jeunes filles en quête de maris, avec des robes d’arc-en-ciel, une conversation rompue aux fantaisies des après-midis où l’on danse, une adoration perpétuelle et ininterrompue devant l’orchestre, le parquet ou le barman, des torchères et girandoles étriquées selon le credo de la mode, inventées pour recueillir sans sourciller les mille sottises qui font pâmer, voilà ce qui compose cet nème jour de ma vie.

Cela m’amuse d’ailleurs. Il en faudrait peu pour m’entraîner dans la ronde. Il est si agréable de ne connaître de la teinte du ciel que les reflets tamisés des lampes électriques, de la saveur des fruits que les mixtures en bouteilles, de la divine musique que les scories, et des jeunes filles en fleur que l’épanouissement de leur intelligence !

Anachronisme : je pense à vous. Avec vous, j’ai l’illusion de retrouver un peu de vérité, un peu de naturel, un peu d’expression. Illusion ? Je vous calomnie. Avec vous je sais que je retrouve ma / votre vérité, mon / votre naturel, mon / votre expression, puisque je vous aime : et que désormais, je ne pense plus “qu’à deux”.

Cette journée est une journée manquée puisque vous êtes loin de moi. Et je maudis ce dimanche, presque désolant, puisqu’il nous sépare. Cette page, ma chérie, pour vous prouver que ma pensée ne vous quitte pas.

François