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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

[Fort d’Ivry], 26 novembre 1938

FRANÇOIS MITTERRAND, MALADE, ÉCRIT DEPUIS SON LIT.

“IL FAUT ABSOLUMENT ALLER À GRANDS PAS VERS L’OFFICIEL” : LES FIANÇAILLES

2 pp. in-8 (267 x 207 mm), encre noire. 

CONTENU : 

Le 26 novembre 1938

Ma pêche bien-aimée,

Votre lettre reçue ce matin donne à cette journée le visage que j’aime. La séparation est moins dure embellie par notre amour. La catégorie des ennuis n’est pas close ! Ni celle des souffrances. Mais celle du doute, de l’inquiétude est définitivement conclue.

Ma petite pêche bien-aimée, une journée sans vous est une journée sans…  ! [sic] Mais une feuille sur laquelle vous me dîtes que vous m’aimez m’aide à continuer ce bonheur de fond que vous m’avez donné. Si le bonheur était sujet à variations au gré de la présence ou de l’absence, il serait bien mal assuré. Mais j’ai une telle confiance en vous, une telle certitude de votre amour que la peine n’est plus qu’en surface, d’autant plus que viendra un jour où nous ne serons plus séparés. Quand vous serez ma femme adorée, je vous jure que rien ne pourra s’opposer à notre bonheur total.

Chérie, je vous écris cette lettre avec application ! J’ai besoin d’assurer minutieusement la conduite de ma plume, car une fièvre lancinante s’obstine à gêner mes mouvements. Je me suis réveillé ce matin avec un côté gauche à demi paralysé, et douloureux. La tête ballotée aux quatre vents de l’espace, je me suis quand même accroché à votre image. Je vous ai raconté, avec une pointe de radotage, que je vous aime follement. J’ai tenu votre visage contre le mien avec tant d’amour que cela ne pouvait cesser. Vous portiez votre robe verte ou votre robe à manches écossaises, et comme l’autre soir, vous étiez toute chaude et toute fraîche, et si douce !

Ma bien-aimée, je continue cette lettre dans mon lit. J’ai été pris d’un accès de fièvre violent. Je suis très fatigué. Mais cela ne m’empêche pas de penser tout le temps à vous. Je voulais vous dire ce soir un tas de choses : je ne le puis. Demain, je vous écrirai plus longuement. Je pense qu’il va falloir que nous songions sérieusement à établir un plan de campagne cet hiver ! Il faut absolument aller à grands pas vers l’officiel. Pour cela, premier pas : se rencontrer plus ouvertement, connaître respectivement ceux qui entourent l’autre. Je vous en reparlerai. Je compte bien recevoir demain et lundi des lettres de vous. Avec elles, je serai vite sur pieds ! Ma petite fille que j’adore, j’espère toujours vous voir lundi soir, même heure, même endroit. D’ailleurs, je dois en principe aller à Montrouge lundi matin à 5h1/4, pour tirer ! Cela hâtera ma guérison !

Mon amour, j’attends vos lettres qui me sont si nécessaires. Je vous aime, je vous aime, plus que tout.

Ma fiancée, je vous adore.

François