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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

[Fort d’Ivry], 29 novembre 1938

“J’AI TOUTE LA VIE POUR M’HABITUER À CE NOUVEL ÉTAT D’ESPRIT !”

2 pp. in-8 (269 x 209 mm), encre noire. 

CONTENU : 

Le 29 novembre 1938.

Ma Marie-Louise très chérie,

Quelle joie de vous avoir vue ! Et quel dédale de lettres qui n’atteignent pas leur but ! Je suis mécontent contre les événements et pas contre vous. Je suis si heureux de vous avoir retrouvée ce soir, ma petite pêche bien aimée. Mais tout cela : notre séparation momentanée, notre rendez-vous manqué, n’est rien, rien, rien puisque ce soir encore vous m’avez dit que vous m’aimez, et puisque je vous aime. Fourrons le tout dans la catégorie des ennuis et n’en parlons plus !

Que vous dire dans cette lettre hâtive sinon que je vous aime, que je vous adore, que je ne suis heureux qu’avec vous, ma fiancée chérie ? Je suis furieux, je suis jaloux, je suis inquiet à propos de tout parce que je vous aime. Et c’est plutôt exceptionnel. Je n’avais guère l’habitude de laisser aller mes sentiments, de permettre à la souffrance de vivre en moi (puisque ça lui arrive pour un rien maintenant). Je préférerais l’installer chez les autres. Heureusement que j’ai toute la vie pour m’habituer à ce nouvel état d’esprit !

Chérie la prochaine fois que vous m’écrirez, dites-moi que vous m’aimez. Plus que tout au monde. Je n’en vaux guère la peine, mais j’ai tant besoin de cette certitude ! Vous avez été telle que je l’espérais en m’écrivant chaque jour pendant notre séparation. Je vous en remercie infiniment. Demain, j’espère recevoir la lettre qui aurait dû me parvenir ce matin. Elle sera la bienvenue puisqu’elle me dira votre amour.

Vite ma chérie, le moment où je pourrai vous serrer dans mes bras, goûter ma pêche si douce, et vous parler longuement. Les instants que nous avons vécus ces derniers temps étaient si merveilleux tant nous nous sentions complètement unis ! Ma toute petite fille, à bientôt. Demain soir passez vers 18h1/4-18h20 si vous le pouvez à Denfert, et certainement jeudi je pourrai vous emmener pendant une heure dans le pays qu’un jour nous ne quitterons plus… Ma fiancée que j’adore, bonsoir. Je vous aime trop pour vous le dire bien. Je vous embrasse, mon amour, et je ne sais plus que le reste du monde existe.

François