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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

[Fort d’Ivry], 20 décembre 1938

REPRISE DU TUTOIEMENT

1 p. 1/2 in-8 (269 x 207 mm), encre noire. 

CONTENU : 

Le 20 décembre 1938

Ma Béatrice toute chérie,
j’ai reçu ce matin votre lettre qui m’a été très douce. Je sais que vous m’aimez, et les témoignages que vous me donnez de cet amour me touchent infiniment. Je ne trouve pas si bête que ça votre pensée continuelle “comme je l’aime”…  ! Cela satisfait plus que mon amour propre. Cela m’apporte le bonheur. Ce matin, j’étais inquiet. Recevrais-je votre lettre ? Quelle journée manquée si rien de vous n’était venu. Et puis votre écriture aimée est apparue sur une enveloppe. Et vive ma petite fille bien-aimée, ma Marie-Louise ! Puisque tout devient clair, simple, doux avec elle.

Je ne vais vous écrire que quelques lignes. Il est 1 heure moins le quart et je veux que ma lettre parte avant deux heures, sinon elle risquerait de subir le sort de celle d’hier qui n’a pas pu profiter du dernier courrier. Ma fiancée que j’adore : je suis heureux grâce à vous. Je vous aime, je vous aime. Je vous aime pour toujours. Je sais mon amour tellement sûr de lui.

Le froid est terrible. Ce grand seigneur fouaille ses sujets. Mais j’aime l’indépendance et ne veux pas m’incliner devant lui. Alors, il m’emporte dans un tourbillon dont je sors le visage sculpté, durci, aiguisé, les mains raidies, et l’esprit plein de sa volonté de résistance et d’énergie.

Ma bien-aimée. Demain je t’attendrai comme convenu. Couvre-toi bien. Nous ne resterons pas dehors mais en cas d’attente réciproque, nous ne devons pas risquer d’être frigorifiés, et nous ne devons pas nous rater. Je ferai donc exactement comme d’habitude : même chemin, même heure, même endroit. Je veux te dire mon amour. Je veux te tenir contre moi. Je veux revivre avec toi les moments si beaux, qui font toute ma vie. Pour jeudi, il faut que nous nous voyons un bon bout de temps. Essayez d’être libre une partie de l’après-midi. Si par hasard extraordinaire, nous nous manquions demain, je vous attendrai jeudi à 17 heures, selon la coutume. Mais, mercredi, on s’entendra à ce sujet. Alors mon Zou très chéri, à demain. Je t’adore, plus que je ne peux le dire. Mais demain je saurai te le dire, te le montrer mieux. Je t’embrasse avec tant de tendresse.

François