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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

[Fort d’Ivry], 17 janvier 1939

PROJET DE FIANÇAILLES : “J’AI MON PLAN ET IL RÉUSSIRA”.

“UN POINT IMPORTANT SERA OBTENU LE JOUR OÙ TU PORTERAS AU DOIGT TA BAGUE DE FIANCÉE”.

FRANÇOIS MITTERRAND ÉVOQUE PASCAL CONTRE DESCARTES.

4 pp. in-12 (210 x 131 mm), crayon. 

CONTENU : 

Le 17 janvier 1939

Ma Marie-Louise bien-aimée,

J’ai reçu ce soir tes lettres du 14 et du 15. Dans ma lettre d’hier, je t’annonce la réception de la lettre de ton père et t’en donne le sens : favorable mais hésitante quant au temps en raison des événements. Je te dis aussi mon point de vue. Un point est acquis : nous nous aimons et nos parents n’ignorent pas nos projets. Maintenant, nous devons obtenir pour ma prochaine permission nos fiançailles officielles. Travaille dans ce sens, comme moi. Pour le mariage, cela viendra nécessairement et tôt si nous savons utiliser le temps. Mon Marizou chéri, j’ai mon plan et il réussira. Je t’aime. Un point important sera obtenu le jour où tu porteras au doigt ta bague de fiancée. Cela sera, il le faut, dans trois mois (ou presque). Après nous penserons à l’acte suivant. Ma bien-aimée, pense seulement que je ne désire que ton amour et ta présence totale auprès de moi. Que tu sois ma femme est mon seul désir. Ma femme : deux mots magiques. Ils contiennent tant de bonheur. En lisant ceci, souris, ma petite déesse, ferme les yeux, et rêve à tout ce qui nous est promis.

J’ai reçu enfin la réponse de mon père. Je lui dis qu’il ne serait pas mauvais qu’il rende visite à ton père… Et qu’il s’agit effectivement d’une demande en mariage. Qu’en penses-tu ? Il ne serait donc pas impossible qu’il fasse un tour du côté de Valmondois. (Pour mieux te fixer, je joins à cette lettre celle de mon père, renvoie-la moi après l’avoir lue). Je serais content qu’il te voie au moins ! Et puis, que les rapports officiels se multiplient, cela ne peut nous nuire, au contraire.

Ma toute petite fille chérie, j’ai envie de te dire ce soir une fois encore que je t’adore. Tu me manques tellement. Vois-tu, j’ai besoin de ta présence, j’ai besoin de t’avoir près de moi, de te voir. Je t’assure que cela ne m’ennuierait pas le moins du monde, moi non plus, de t’embrasser… Rien ne vaut (et c’est heureux !) ton goût de pêche, ma ravissante.

J’aime beaucoup ta comparaison, ma belle au bois dormant chérie. C’est vrai que notre autrefois est fort proche. Pas même un an. Et puis, c’est vrai aussi, tu as dormi, et je t’ai veillée. Et c’est toujours vrai que notre réalité est plus belle que tous les rêves du monde. Tu sais mon Zou chéri que le bonheur s’amuse à nous jouer des tours : pourquoi nous a-t-il écarté l’un de l’autre ? Mais quelle douce revanche il nous offre ? Peut-être nous a-t-il laissé le temps de comprendre que pour savoir que l’on s’aime, il est utile de savoir que l’on n’aime pas autre chose. L’évidence ne s’impose pas si facilement que Descartes le croit. Pascal est là par derrière qui lui souffle que le cœur est à la recherche d’une autre évidence. Le cœur exige un accord total : il ne veut pas de demi-mesure. Et cette demi-mesure disparue nous a permis de nous retrouver face à face encore imbus de nos rêves, mais désireux, ardemment, immensément, de réaliser notre rêve avec toutes les forces de notre amour qui veut tout.

J’ai déjà mis à peu près tous mes frères et sœurs au courant. Tu vois que de mon côté aussi, ça gagne ! N’est-ce pas, ma fiancée chérie, qu’il sera doux de sortir ensemble, qu’il sera amusant d’être désormais catalogués dans le monde des À-Deux. Il va falloir se prendre fort au sérieux !

Ton père se trouve sans doute à Valmondois, je lui écrirai si j’en ai le temps demain. Le jour où tu seras aux yeux du monde ma fiancée, nous aurons fait un très grand pas. Ma chérie, dis aussi à ta mère et ton frère mon amitié. Je t’embrasse et j’attends sans patience ce moment où tu seras dans mes bras : je te jure que toutes mes caresses ne seront pas pour Diane, ma chérie.

François

Dans ma lettre de ce matin, je t’ai parlé du froid. Un de mes camarades a une oreille gelée ! Il fait -15° hors du vent. Et mon genou, suite de ma chute, se plaint. Surtout, toi, ne prends pas froid, et attends patiemment : notre bonheur viendra.