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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

[Fort d’Ivry], 31 janvier 1939

“J’ÉCRIRAIS TOUT CE QUE JE VOUDRAIS SI J’EN AVAIS LE TEMPS”

2 pp. 1/2 in-8 (201 x 150 mm), encre noire. 

CONTENU : 

Le 31 janvier 1939,

Ma bien-aimée,

Ce soleil ajoute encore à mes regrets : comment vivre une si belle journée où vous n’êtes pas ? Ma toute petite fille enrhumée, votre mauvaise humeur est-elle tout à fait dissipée ? À vrai dire, je vous aime si aveuglément que j’aime même votre mauvaise humeur. Pas si mauvaise que cela, d’ailleurs, puisqu’elle ne vous empêche pas de me dire que vous m’aimez. Mon Zou, regardez-moi bien en face. Pourquoi baissez-vous les yeux ? Avec un soleil pareil, il n’est pas possible que vous mes les refusiez. Et puis je vais vous dire une chose : je vous aime.

Occasion perpétuelle de pester contre le Service Militaire : je sens qu’actuellement j’écrirais tout ce que je voudrais si j’en avais le temps. Le jour où je posséderai ces deux trésors : vous et le temps, si je n’écris pas un chef-d’œuvre, c’est que je ne serai qu’un personnage lamentable !

Ma chérie, cette lettre sera très courte, elle doit partir avant deux heures. Tout à l’heure, nous irons au tir réduit ; puis, nous étudierons le mortier de 81 mm, pour finir l’après-midi sur une quelconque théorie. Demain pendant deux heures, de 14h15 à 16h15, nous manœuvrerons sur les abords du Fort, sac à dos avec tout le chargement. Pensez à moi ma chérie. Je vous assure que mon esprit ne sera pas loin de vous. Nous pourrons continuer notre conversation à voix basse.

Surtout, ma très chérie, ne soyez pas malade. Cela m’ennuie terriblement de vous savoir fatiguée. Et puisque vous ne croyez pas que mon amour seul suffise à vous guérir, je ne vois plus qu’un remède : de la prudence, et pas trop souvent le nez dehors.

Ma Marie-Louise à très bientôt. Je vous aime. Puis-je vous le répéter ? J’attends avec une joie immense le moment où je vous retrouverai tout près de moi. Je vous adore Zou chéri. Et dites-moi vite la même chose : j’y trouverai un intérêt suffisant pour avoir la joie au cœur.

François