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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

Paris, 8 août 1939

“PUISQUE DEMAIN VOUS AUREZ SEIZE ANS”.

LA CRISE CONTINUE : “PLUSIEURS MOIS SONT PASSÉS QUI M’ONT RÉAPPRIS À VIVRE SANS VOUS”.

L’ANNIVERSAIRE DE “ZOU” DANS UN MOIS D’AOÛT 1939 AVEUGLE AUX ÉVÉNEMENTS À VENIR

4 pp. in-12 (210 x 135mm), encre brune. 

CONTENU : 

Le 8 août 1939

Mon Zou, je vous souhaite un bon anniversaire. Vous voyez que je n’ai pas oublié ce jour, pas plus que beaucoup d’autres qui constituent nos souvenirs. Je suis heureux de vous l’écrire aujourd’hui.

Je suis à Montparnasse. Devant moi, une table chargée de verres : installé là avec quelques amis, je retrouve l’atmosphère de mes années d’étudiant. Notre soirée est libre : impression fort agréable. Je suis tout étonné de découvrir un Paris animé, vivant, colorié, pendant ces grandes vacances que j’imagine mortelles. Je pense à vous, surtout le soir. Je veux vous rappeler ma pensée qui ne s’éloigne jamais beaucoup de vous. Demain, 9 août, vous saurez quels vœux je forme pour vous. Plusieurs mois sont passés qui m’ont réappris à vivre sans vous. Je puis vous dire maintenant que tout ce qui m’est venu de vous constitue mon plus cher souvenir, demeure plus qu’un souvenir. Le vœu, le seul vœu que je veuille vous adresser, c’est le plus commun, le seul aussi qui résume tout : que vous soyez heureuse, très heureuse, mon Zou. Je ne crois avoir jamais désiré autre chose.

Quelles vacances passez-vous ? Cela me ferait grand plaisir que vous me racontiez un peu de votre vie de ce dernier mois. Je serais vraiment peiné de ne plus rien savoir de vous. Il est vrai qu’il est bien difficile, presque sacrilège, de prendre une plume au mois d’août. Je suis allé en Charente au début du mois de juillet, mais n’y suis resté que cinq jours. Presque tous mes amis sont partis de Paris. Mon frère Robert est à Évian, Jacques vient de quitter Saint-Cyr après avoir choisi l’aviation, à Versailles. Pour moi, mes grandes vacances n’ont pas l’allure interminable que je redoutais. Chaque soir, je sors ; octobre arrivera vite ainsi. Êtes-vous toujours à Valmondois ? Dansez-vous ? Vous amusez-vous beaucoup ? Avec qui êtes-vous ? Je suis curieux de tout cela : j’aimerais recomposer votre décor et vous-même dans la mesure du possible.

Chaque dimanche, je vais chez des amis en Seine-et-Marne. Là, je joue au tennis, je me baigne dans la Marne et danse. J’imagine que je remplis un peu votre programme. Mon Zou, j’espère que vous excuserez mon écriture grignotée : mais je me sers de mes genoux pour maintenir mon papier et les conversations m’obligent souvent à lever la tête. Je vais terminer cette lettre. Quand me répondrez-vous ? Vous savez que rien de vous ne me laisse indifférent. Je serai heureux d’avoir de vos nouvelles. Ce que je dis mal, complétez-le. Beaucoup de choses entre nous ont été dites. Pas toutes. Puisque demain vous aurez seize ans, je souhaite que tout pour vous soit tel durant cette année que vous commencez, que vous puissiez le désirer. Si j’étais chargé de vous offrir tout ce que vous désirez, je n’en finirais plus.

Bonsoir, mon Zou.

François