Libraire-expert de livres et manuscrits anciens
2000 - 3000 €
Estimation d'un livre ou d'un manuscrit
MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

Ivry, 1 septembre 1939

MOBILISATION GÉNÉRALE ET INVASION DE LA POLOGNE PAR LES ALLEMANDS.

LEUR HISTOIRE D’AMOUR EST PRISE DANS LA TOURMENTE DE L’HISTOIRE EUROPÉENNE : FRANÇOIS MITTERRAND PART SANS S’ÊTRE RÉCONCILIÉ AVEC CATHERINE LANGEAIS

2 pp. in-12 (210 x 135mm), encre brune. 

CONTENU : 

Le 1er septembre 1939

Mon Zou très cher, c’est d’une classe enfantine de l’École Michelet à Ivry que je vous écris. J’ai rejoint ce matin ma compagnie de temps de guerre et je me retrouve équipé, alourdi, un peu dépaysé dans cet Ivry chargé de tant de souvenirs qui vous concernent. J’ai reçu sur la côte normande où j’ai passé une semaine, votre dernière lettre. Elle m’a fait le plaisir que vous savez, puisque bien souvent je vous en ai parlé. Chaque témoignage de votre présence est ainsi pour moi plus cher que tout. Quoique assez optimiste ces jours derniers, les nouvelles de la journée m’incitent à vous envoyer ces lignes dès aujourd’hui de façon que vous ayez, avant un départ et des difficultés possibles, un peu de ma pensée, toujours proche de vous.

Dans votre lettre vous me dites qu’une crise de rhumatismes vous a de nouveau immobilisée. Comme je prends part à votre ennui ! De vous savoir, mon Zou, souffrante ou malheureuse me peine infiniment. Je voudrais être capable toujours de vous protéger, malgré le droit qui m’est retiré. Cette lettre est brève, où vous rejoindra-t-elle ? Demain nous partons, et dès la première heure. Pour quelle destination ? Je n’en sais rien. Restez-vous à Valmondois ? Mon Zou, j’espère que vous me tiendrez au courant de vos changements d’adresse, si la guerre possible vous oblige à vous éloigner davantage de Paris. Et que vous m’écrirez parfois (soit au 23 R.I.C 9eme cie toujours par Lourcine d’où l’on fera suivre, soit à Jarnac d’où l’on fera également suivre).

Je pense souvent à vous. Si la guerre éclate je partirai avec un bloc de souvenirs délicieux et émouvants, liés à vous. J’emporterai aussi ce qui échappe au souvenir et vit toujours en moi tel que je vous le promettais il y a déjà plus d’un an.

Que tous les vôtres reçoivent aussi mes vœux de bonne chance. La première chance de toute étant la paix. Et vous, ma Marie-Louise, pour moi toute pareille, je désire seulement que rien ne vous fasse trop souffrir. Et bonne chance aussi, ma toute petite fille du premier jour.

François