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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

[Paris], 30 décembre 1939

DANS LA RÉPONSE À CATHERINE LANGEAIS, RENDEZ-VOUS A ÉTÉ PRIS POUR LE 2 JANVIER, AVANT LE DÉPART AU FRONT LE 4.

“JE RÊVE POUR TOI D’UN BEAU 1940”

2 pp. in-8 (270x 210mm), encre brune. 

CONTENU : 

Le 30 décembre 1939

Ce matin, mon Zou bien-aimé, j’ai eu la joie de recevoir ta lettre. Une fois de plus pardonne ma liberté d’expression, mais je profite de “l’hinterland” qui me sépare de notre rencontre du 2 pour te parler comme si c’était permis, pour te dire en ignorant encore exactement si ça te plaît ou si ça t’ennuie que je t’aime terriblement !

Ici, festival émouvant, incessant. Tout à l’heure, je vais partir pour Angoulême afin de boucler le cycle des amis à voir. Seul de ma famille manque mon frère Robert. Cette réunion volée à la guerre a un aspect de fragilité (de solidité aussi) où sont mêlées beaucoup de gaîté et un peu d’anxiété. Et je vois mon père guetter chacun d’entre nous comme pour le retenir avant l’éparpillement.

Suis-je injuste ? Toutes ces choses et tous ces êtres qui me sont chers ne gardent pas mon cœur ni mon esprit. C’est à toi que je pense. Toi que j’aime.

Coïncidence amusante, nous nous fixons l’un et l’autre un rendez-vous pour mardi 4h, j’ajoute ceci : les trains sont irréguliers et comme pour rien au monde je ne voudrais te manquer, je précise : si tu ne me vois pas à 4 heures (à peu de minutes près) devant l’Oriental, attends-moi s’il te plaît à 5 heures au même endroit. Cela voudra dire que mon train n’est pas arrivé à l’heure. De plus mon adresse à Paris sera : Hôtel du Rhône, 5 rue Jean-Jacques Rousseau (près du Louvre). Comme cela tu sauras de toutes façons où me retrouver.

Inutile de te dire que je vais combiner mon horaire de façon à me trouver vers 4 heures à Denfert. Mais comme cela tout est prévu. Ma jolie pêche bien aimée, tu as sans doute reçu ma lettre du 26. Ai-je été confus ? Je voulais te dire que je t’aime, que puisque je t’aime, je suis prêt, moi, à la solution que tu choisiras et avant de connaître cette solution, je préférais te dire aussi complètement que possible que je t’aime trop pour donner le pas à mon bonheur sur le tien (tout en souhaitant qu’ils se confondent).

Le premier de l’An ? Nous en parlerons le lendemain, mais dès ce soir, ma déesse chérie, je rêve pour toi d’un beau 1940.

À mardi.

François

Quand pars-tu pour Valmondois ? Tu m’as dit “je ne te verrai le 2 que peu de temps”. J’ai peur un peu de tout ce jour que j’aurai encore à passer à Paris sans toi. Ne crois pas que j’anticipe. Mardi et toujours, je ne ferai et ne dirai que ce que tu voudras. Je ne saute pas toujours les étapes !