Libraire-expert de livres et manuscrits anciens
300 - 500 €
Estimation d'un livre ou d'un manuscrit
MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

[Paris], 4 janvier 1940

NOUVEL ENVOL DE L’AMOUR :

“JE PENSAIS AUTREFOIS QUE J’AVAIS ATTEINT UN MAXIMUM D’ADORATION POUR TOI : JE COMMENCE À CROIRE QUE LE MAXIMUM EST DÉPASSÉ”.

“TU LE VOIS, MON ZOU, JE SUIS EN TRAIN DE T’ÉCRIRE UNE LETTRE D’AMOUR”

3 pp. in-12 (210 x 133mm), encre brune. 

CONTENU : 

Le 4 janvier 1940

Mon Zou bien-aimé, avec cette lettre je commence une série bien longue, aussi longue que notre séparation. Mais quel bonheur de pouvoir te dire désormais que je t’aime, et de savoir que cela ne te déplaît pas. Avec toi, je viens de passer des jours merveilleux auxquels j’aurais voulu suspendre toute ma vie. Je t’adore.

Tu sais mon Zou chéri, que je vais finir par t’ennuyer à force de t’aimer ! Et pourtant, je me sens si bien quand je suis avec toi, tout est si bon, si apaisant. Je voudrais toujours te parler, t’écrire au gré de ma pensée. Tu verrais comme elle te suit dans tes moindres gestes, comme elle se plaît à te contempler. Ne crois pas que je sois loin de toi, n’imagine pas que je puisse être intimidant. En aucune façon, je ne dois te paraître étranger. Songe que puisque nous lions nos vies pour faire notre vie, c’est que tout, près de toi, est pour moi facile, que tout, dans mon amour pour toi, est aisé, merveilleusement sûr.

Ma petite déesse bien-aimée, hier soir tu étais si adorable et si jolie que j’en suis encore remué, troublé. Et cela risque de durer tout le temps que nous serons séparés. Tu m’es indispensable, nécessaire. Tu es toute ma vie. Je pensais autrefois que j’avais atteint un maximum d’adoration pour toi : je commence à croire que le maximum est dépassé. Que te dire encore pour mieux exprimer ma pensée : je t’aime.

Sais-tu qu’hier je t’ai regardée, épiée avec ravissement ? J’avais peine à ne pas afficher une fierté insolente. Ah ! Mon bonheur, je pouvais le tenir des deux mains, comme on propose à l’émerveillement des foules un objet sans prix : tu étais là, ma bien-aimée, et c’est à moi maintenant que tu appartiens et je te jure que je n’épargnerai pas ma peine pour que tu sois la plus heureuse.

Tu le vois, mon Zou, je suis en train de t’écrire une lettre d’amour. Comment ferai-je pour ne pas te parler d’amour quand je me sens si possédé par tout ce que tu es. Ce matin, ton coup de téléphone m’a fait un tel plaisir : je te remercie de cette pensée si gentille. Maintenant, je te suppose à Valmondois. Est-ce trop d’ambition : je voudrais à moi seul peupler cette maison que tu habites, t’imposer ma présence incessante. Ne t’ennuie pas trop, mon Zou.

Travaille ou ne travaille pas, je m’en fiche, seulement ne sois pas trop désolée. Pense que notre avenir sera splendide, inouï. Tu seras ma femme et le reste ne compte pas. Sitôt ces lignes terminées, je vais écrire à ton père et à ta mère ; ils recevront donc mes lettres demain ou après-demain. Tu peux écrire à Édith ou la voir quand tu passeras à Paris. Elle m’a répété qu’elle en serait enchantée. Maintenant ma Marie-Louise, à bientôt (à demain si je le peux). J’attends avec impatience ta première lettre. Ce sera une véritable première lettre : celle de ma fiancée. La vie près de toi est incomparable. Loin de toi, elle n’est supportable qu’en raison de ton amour. Je t’embrasse avec ferveur.

François

Petites fissures aux plis