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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

[Meuse, près de Stenay], 8 janvier 1940

DES FIANÇAILLES QUI S’ANNONCENT À GRANDS PAS. DE L’INUTILITÉ DU BACCALAURÉAT

3 pp. in-8 (210x 132mm), encre brune. 

CONTENU : 

Le 8 janvier 1940

Ma chérie, tu vois que ma correspondance commence à devenir dangereusement quotidienne ! Je t’aime trop, vois-tu, pour oublier une journée de t’envoyer cette preuve de mon amour, ou pour ne pas tout faire pour t’écrire quelques lignes.

Il est huit heures environ et je ne vais pas tarder à rentrer chez moi. En ce moment, j’imagine que tu penses à moi. Toutes mes soirées sont plus particulièrement pleines de toi et j’aime croire qu’il en est de même pour toi. Ta lettre de ce soir (celle qui porte le cachet du 6) m’a de nouveau apporté le signe de notre bonheur.

Quelle définition du bonheur ? Elle est simple, toi, nous. Toi, ma bien-aimée, ma déesse toute petite et ravissante, ma fiancée ; nous, notre alliance, nos promesses, notre bien, notre amour. Oui, comme il sera bon d’être chez nous. Nous nous aimerons tellement. Mon seul désir, c’est toi. Mon bonheur c’est et ce sera toujours toi. Alors comment la vie ne serait-elle pas merveilleuse qui fera de toi ma femme adorée ? Tu parles du futur proche et tu ajoutes : incertain. Mais non, il ne doit pas être incertain. Le futur proche, ce sont nos fiançailles officielles. Moins proche, mais certain : notre mariage.

Ta mère et ton père ont-ils reçu chacun la lettre que je leur ai adressée ? Quelle est leur attitude ? Nous devons obtenir la reconnaissance officielle de notre amour. Après, on verra. J’ai toujours beaucoup de scrupules à t’engager dans cette aventure que la guerre menace. Mais nous nous aimons et cela doit être reconnu par tous ; nous gagnerons ainsi une liberté et des avantages pratiques (correspondance - rencontres organisées - orientation de ta vie : études et tout le tra la la…) considérables. Nous aurons le droit de parler en notre nom à tous les deux.

Pour tes études, je suppose que tes parents tiennent à ce que tu continues normalement ton baccalauréat. Pour moi, je te le dis, ça m’est égal, complètement. Je sais ce que tu vaux et le reste m’indiffère. Ne te tourmente donc pas à ce sujet. Thèmes, versions, c’est fort bien. Mais notre amour c’est beaucoup mieux, et lui seul compte. J’admets que tes parents et toi-même considèrent l’utilité d’un diplôme. Évidemment je ne suis pas immortel (surtout par le temps qui court !), mais notre mariage enlèvera les 9/10e de cette utilité. Donc, prépare ton examen, mais ne te fatigue pas, ne t’ennuie pas à ce sujet. Comprends ce que je veux te dire : travaille ce fameux bac puisque 1/10e d’utilité suffit à le rendre intéressant (pour toi, au cas où je serais tué), mais sans t’en faire.

Mon Zou chéri, me voici en train de te conseiller avec la gravité d’un époux solennel. Ne crains pas : je ne serai pas toujours aussi ennuyeux ! Et pour commencer, je t’embrasse si tendrement que tout le reste s’efface pour ne plus me laisser que le désir merveilleux d’un amour sans limites, que le désir de t’avoir toute à moi, ma bien-aimée. Et bonsoir ma chérie.

François.

Important.
1) Combien de temps mettent mes lettres à te parvenir ? Les tiennes : deux jours
2) Dis-moi toujours quelles lettres (date que j’écris en tête) te sont parvenues.