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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

[Meuse, près de Stenay], 31 janvier 1940

L’ENTHOUSIASME DE FRANÇOIS MITTERRAND DEVANT SON MARIAGE À VENIR.

SOUVENIR DES AMOURS À MONTMARTRE

4 pp. in-8 (212 x 135mm), encre noire. 

CONTENU : 

Le 31 janvier 1940

Ma toute petite merveille chérie, si tu savais comme j’ai été heureux de recevoir ta lettre ce soir (du 28 écrite le 27 au soir), si heureux que je voudrais te crier mon amour ; ou te le murmurer. Te prendre dans mes bras ; le bout du nez, la petite cicatrice sous le menton, et la fossette de ton sourire, à chacun je leur donne un baiser. Pour rire un peu avant de parler sérieusement, avant de retrouver la note plus grave et tellement émouvante de ton amour.

Tu vois que je deviens lunatique ! Mais hier j’étais si triste. Pas de lettre de toi, le départ de mon ami ; et tout ce jour aussi a été triste, lourd : la vie que je mène ici est tellement dangereuse, risque d’être tellement avilissante à beaucoup de points de vue. La solitude des avant-postes est plus pure, plus nette que la vie de cantonnement dans un village. Heureusement que je t’aime chérie, infiniment. Je pense à toi et tout le reste ne compte plus. Je t’adore. Tu me dis “tu verras comme je te rendrai heureux”. Ma douce chérie, cette parole me rend un peu fou. Je rêve aux merveilles que ton amour me réserve, à ta tendresse de tous les jours, au simple bonheur de ta présence. Ce sera notre vie à nous, ma toute petite fille. C’est inouï de penser que tu seras ma femme, celle entre toutes choisie, à laquelle je serai lié pour toujours, toi que j’ai aimée dès le premier jour. Et nous sommes déjà liés : l’officiel est bien peu de choses, mais, ma fiancée bien-aimée, tant de pensées d’amour, tant de gestes d’amour sont déjà entre nous.

Tu me parles de ta timidité devant ma famille. Et moi qui serai si fier de te présenter à elle ! Mais oui, je le porterai sur mon visage mon amour pour toi. Tout le monde sera obligé de dire “comme il est fou d’elle”. Mon père fera ta connaissance d’ici peu j’espère, car il profitera de son prochain voyage à Paris. Mes sœurs qui ne te connaissent pas encore sont très curieuses de toi. Colette leur a dit qu’elle te trouvait très jolie, que surtout en dansant nous faisions un couple “very smart !”, que je n’avais pas menti aux exigences que j’affichais. Et c’est vrai que tu es si délicieuse, si incomparable, si adorable. Ne te fâche pas, mon Marizou chou : je t’aime.

Ma sœur Geneviève est certainement très intriguée par mon choix. Mais je n’attache pas tellement d’importance à son avis. Désormais, je n’attache de valeur qu’au tien. Ne t’ai-je pas dit que tu étais ma toute puissante petite déesse chérie ? Et puis, nous nous aimons tant : tu es tout.

Lors de ma permission et de nos fiançailles, nous passerons tous les jours ensemble. N’est-ce pas mon petit clochard chéri ? Et cette fois, pas devant les portes cochères de la colline Montmartre ! J’irai à Valmondois et je t’emmènerai à Jarnac. En Charente, je te montrerai tous les coins que j’aime. Je rêve déjà à ces jours bienheureux. Nous danserons, nous nous promènerons, nous montrerons à tout le monde notre bonheur, et surtout, Ô ! Ma bien-aimée, comme nous nous aimerons. Nous ferons un pas de plus ainsi vers notre union complète, vers notre mariage. Nous n’aurons plus à regarder l’heure aussi souvent quand nous serons ensemble, et nous pourrons déjà vivre des heures pleines d’amour, pleines, ma ravissante, d’un amour inouï.

Ce ne sont pas là des châteaux en Espagne. Pense que cela se réalisera d’ici quatre mois au maximum : ce n’est quand même pas le bout du monde. Marie-Louise chérie, je bâtis souvent notre vie future. Je pense à nos soirées : quand tu m’accueilleras avec ta fraîcheur et tes baisers ; à nos nuits aussi, mon amour, quand tu me donneras ta tendresse ; à notre séparation du matin quand nous nous dirons adieu… pour quelques heures. Je vivrai de ta beauté, de ta douceur. Tu régneras, ma petite femme chérie, sur chaque minute de ma vie.

N’est-ce pas un beau programme ? Rêves-tu toi aussi à ces moments que j’évoque ? Raconte-moi, mon Marizou, ce que tu imagines, ce que tu veux faire de notre vie future.

Je le répète : ce ne sont pas là rêves en l’air. Ce sont les premières formes de notre bonheur. Quand nous nous marierons, nous trouverons un bonheur merveilleusement présent, déjà connu, infiniment visité, par nos rêves, mais aussi extraordinairement nouveau, car, ma pêche adorée, notre mariage avec cette union de tous nos désirs, avec notre immense amour, sera un ravissement que l’on ne peut imaginer. Je t’aime et je t’embrasse, ma fiancée chérie.

François

Guéris bien vite, chérie, je t’aime.