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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

[Meuse, près de Stenay], 5 février 1940

“QUAND POURRAI-JE M’ÉVADER DE CETTE VIE !”

EXPÉRIENCE DE LA SUBORDINATION


CONTENU : 

5 fév.

Ce matin, chérie, je suis un peu de mauvaise humeur. J’ai été pris plusieurs heures par des corvées assommantes : surveiller des transports de bois, et sous les ordres d’un lieutenant qu’il me suffit d’apercevoir pour ressentir l’humiliation de mon rôle subordonné. C’est un homme tellement détestable, haïssable… et qui partage des sentiments de cette sorte à mon égard ! Alors, je sens une immense colère monter en moi : je me tais parce qu’il faut être prudent, mais j’en souffre vraiment. Quand pourrai-je m’évader de cette vie ! Je préfère le Front : là chacun gagne sa liberté. Mais cette vie de cantonnement finira par me rendre fou. Tout homme qui n’est pas inculte, brute, abruti, est suspect. Enfin, mon joli chou, je ne veux pas t’ennuyer avec ces histoires là.

Que fais-tu ce matin ? Tu es sans doute encore couchée. Comment es-tu vêtue ? En bleu, en blanc ? Avec un pyjama ou une chemise de nuit de petite fille ? Cela m’amuserait et me plairait de savoir tout cela. Donne-moi tous ces détails : ils m’aident à rester patient. Et c’est si agréable de pouvoir te représenter le plus près possible de ce que tu es.

Ma ravissante, ma petite fille, comme tu as raison de dire que la vie doit être bien désolée pour ceux qui ne peuvent songer à l’avenir. Pour moi, l’avenir est beau puisqu’il est fait de toi : uniquement de toi. Notre mariage est mon seul but car je ne désire que te posséder : “mon bien le plus précieux” ; qu’être aussi tout pour toi. Qu’enfin nous puissions faire notre vie à nous.

Mon petit Zou chéri, à ce soir. Envoie-moi ton sourire que j’aime. Raconte-moi un tas d’histoires qui puissent encore mieux unir nos esprits. Je serais curieux aussi de savoir ce que tu pensais du début à la fin de notre retour du “Bœuf sur le Toit”. J’en garde un souvenir assez extraordinaire. À ce soir, mon amour. Je t’embrasse et je t’adore. Tes lèvres sont si douces ma bien-aimée, tes baisers si tendres qu’il n’est pas trop irrespectueux d’aimer ainsi une merveilleuse déesse !

François

2 pp. in-8 (210 x 130mm), encre noire