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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

[Meuse, près de Stenay], 7 février 1940

“ADORATION ÉPERDUE” DE FRANÇOIS MITTERRAND

2 pp.in-8 (198 x 135mm), encre noire. 

CONTENU : 

Le 7 février 1940

Ma chérie, il est neuf heures du soir ; je suis seul : tous sont partis écrire ou se coucher. Dehors la nuit est très noire et il pleuvote. Je préfère être seul. Je puis mieux te retrouver, et cela vaut la peine de te retrouver ma chérie ! Peut-être dors-tu en cet instant. Tu dois être bien jolie ; quel ennui que je ne puisse pas être là à te regarder, à t’embrasser tout doucement.

Ma journée a été assez calme et pourtant je suis fourbu de sommeil : si j’en ai le temps, j’ajouterai quelques lignes demain matin, mais ce soir je ne pourrai te dire que : je t’aime. Es-tu toujours fiévreuse, mon petit Zou chéri ? Je prie pour que tu guérisses vite et pour que tu ne souffres pas. Et je te veille avec amour. Rien ne pourra résister à tant d’amour. Alors bonsoir, chérie. Je ne te quitte pas vraiment. Puisque tu me donnes les baisers que je préfère, je les prends tous ! Tu es si délicieuse, si ravissante. Et puis pour dormir, je mets ma tête à “ma place réservée”. C’est bon de se sentir vivre, mon amour. C’est doux ma petite pêche, de t’avoir toute à soi. Je t’embrasse, good night sweetheart.

François

Ma petite fille bien-aimée je t’adore.

Voici comme je voudrais commencer toutes mes lettres si je ne craignais d’être monotone. Comme il est long ce temps qui me sépare de toi. Et pourtant nos journées de Noël et du début de janvier me paraissent toutes proches. Alors que pour beaucoup de gens, on a peine souvent à recréer leur visage, leurs attitudes, Toi, mon amour, tu es extraordinairement présente en moi. Il est vrai que tu ne peux être mise dans la catégorie banale “des autres”. Toi, tu es tout. Tu es la plus belle et la plus douce et la plus délicieuse. Et tu es ma fiancée. Tu ne peux imaginer le sentiment d’adoration que j’ai pour toi. Je t’aime vraiment à la folie. Tu t’en plains chérie ?

Ce qu’il y a de merveilleux, c’est qu’avec toi je trouve mon unité. L’amour n’est plus une source de conflits ; avec toi cette division artificielle de l’homme qui aime en esprit et en matière, n’a plus de raison d’être. Car je t’aime et veux t’aimer totalement. Le comble de l’amour est d’unir le ravissement du corps à l’émerveillement de l’esprit. Et ce comble de l’Amour, je l’éprouve pour toi. Comprends-tu chérie combien je t’aime ? Plus va et plus je désire la possession de tout ce que tu es et plus je t’aime. T’aimer encore plus ? Chaque jour cela me semble impossible, et pourtant à mesure que j’avance dans la connaissance de toi, je sens mon adoration plus éperdue.