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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

[Meuse, près de Stenay], 12 février 1940

BONBONS ET CACHE-COL : LES ENVOIS DE MARIE-LOUISE À FRANÇOIS MITTERRAND

2 pp. in-12 (177 x 137mm), encre noire. 

CONTENU : 

Le 12 février 1940

Mon Zou bien-aimé, j’ai reçu ce soir ta lettre écrite le 8 et postée le 9, et ton colis. J’ai déjà touché, caressé presque le cache-col que tu m’as tricoté. Dès demain, chérie, je le mettrai sur moi. J’aurai un peu la sensation de tes mains autour de mon cou. J’ai été heureux plus que tu ne peux le croire à la vue de ton nom sur ce gros paquet que le vaguemestre m’a donné pendant le dîner et à la convoitise de tous ! Les bonbons sont fameux. Ma gourmandise en est toute réveillée ; et le reste va me constituer un fort agréable fond de pantagruélisme pour demain. Mon adorable chou, je t’aime plus que tout. Plus même que tes bonbons, et ce n’est pas peu dire ! Comme j’aimerais, mon amour, t’embrasser, embrasser tes lèvres fraîches, si douces. Me pardonnes-tu, chérie, d’aimer la tendresse de tes baisers ? Prends t’en un peu, beaucoup, à toi. Pourquoi es-tu si délicieuse ? Si ravissante ? Quand je t’appelle “ma petite pêche”, c’est pour flatter les pêches. Je les aime bien mais que peut-on te comparer ? Les fruits sont moins délicieux que tes caresses.

Aujourd’hui, nous sommes allés reconnaître nos positions éventuelles de combat, dans un endroit très escarpé. En tous cas, on a couru un peu partout. Là un fusil-mitrailleur, là une mitrailleuse etc. En descendant des rochers, j’ai ramassé une solide bûche dont l’effet a été triple : capote déchirée, montre esquintée et corps vermoulu. Par-dessus le marché, le froid est redevenu très vif. Mes oreilles me servent de thermomètre, et le vent ne s’est pas privé de les cingler ! Mais mon Zou aimé (je t’adore), tout ça, je m’en fiche. Revenir d’un bon pas au cantonnement, ça réchauffe, surtout quand ma pensée recrée ta présence chérie, et quand je sais qu’une lettre m’attend.

Ce soir, je ne peux t’écrire longuement. Un de mes ex-camarades du 3e Bataillon vient me rendre visite : il part demain en permission pour Mostaganem [Algérie]. Je suis content de le voir, et content de te quitter pour lui. Si j’ai un peu de temps demain matin, je continuerai ce mot, mais c’est improbable car nous retournons à nos positions.

Je t’aime ma toute petite fiancée. Tu es belle. Tu me donnes, dis-tu, tout ce que je désire (tu ajoutes un “sauf”. Je t’obéis, peut-être à regret). Tu penses si j’accepte ! Et je t’envoie tous les baisers que tu aimes. Je te jure que tu es absolument merveilleuse. Et quand tu es là, près de moi, bien à moi, j’ai envie de te manger d’amour. Bonsoir, mon aimée.

François

Guéris vite ma petite Zou chérie. Et merci pour ce que tu m’as envoyé. Tu m’as vraiment gâté, mon amour ! J’ai ton cache-col sur moi, ce matin : il est épatant.