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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

[Meuse, près de Stenay], 15 février 1940

POÈME VISUEL EN FIN DE LETTRE

4 pp. in-12 (179 x 139 mm), encre brune. 

CONTENU : 

Le 15 février 1940

Mon adorable Zou, je passe mes journées à penser à toi. De quelle façon ? J’imagine un tas d’histoires (elles ne se réaliseront pas exactement telles que je les prévois : mais elles seront encore plus merveilleuses à vivre qu’à rêver), et dans ces histoires je t’avoue que je retrouve des pistes familières. D’abord, je ne passe pas mon temps à te parler ou à t’écrire : tu es toujours présente. Quelquefois, c’est très sage : nous sommes dans le monde (réceptions, présentations, rencontres de hasard ; ou parties de vacances, tennis, bateau). Aussi, des moments émouvants : notre première sensation lors de mon retour, notre bouleversement intérieur. Veillées confortables et tranquilles, heures paisibles. Il m’arrive très souvent de t’embrasser, et ma pensée reconnaît ces indicibles moments vécus où tu étais près de moi, où les paroles devenaient impuissantes à contenir notre amour. J’essaie de recréer ta tendresse, ton abandon et je vis à nouveau les merveilleuses caresses, les baisers que tu sais. D’autres fois, nous nous promenons, nous disons peu de choses, nous sommes tellement imprégnés de notre amour, qu’il nous suffit de nous donner le bras, de nous tenir par la main, de nous regarder, pour éprouver la joie de vivre.

Voici un bref et sec résumé. Mais derrière ces rapides rappels de ce que fut notre bonheur, tu dépisteras comme moi les splendeurs de notre amour. Chaque fois que je pense à toi, (c’est toujours) c’est pour imaginer ce qui est : notre amour, et toi, la plus ravissante de toutes les femmes. Et puis je n’ai plus que l’envie de me mettre à tes genoux, d’entourer ton corps de mes bras, de te couvrir de baisers, de t’aimer infiniment. Je suis si heureux que toi aussi dises “le jour où nous serons unis”. N’est-ce pas, chérie, que ce sera merveilleux, que ce sera une révélation de bonheur éblouissante. Tu es si adorable et je t’aime tant.

Mon Marizou, dans une de tes dernières lettres tu m’annonces que je risque fort d’épouser une femme sans diplômes. Si tu savais comme cela m’est indifférent. Tu vaux tellement plus qu’un diplôme ! Tu es beaucoup trop intelligente, je suis sûr, pour accorder la moindre importance à cette chose ! Je t’aime et je sais bien ce que tu vaux : je suis fort orgueilleux et pourtant je te jure que je te dis la vérité quand je te confie mon espoir de comprendre beaucoup de problèmes grâce à toi. Tu possèdes tout. Tu es ma déesse. Et je t’adore. En voilà des déclarations ! Je t’assure que mon amour se passerait bien des déclarations ! (Du moins : en paroles).

Ma chérie, je m’apprêtais à t’écrire une longue lettre… et par un effet inverse de celui d’hier, je m’arrête au bout de trois pages ! Mais, mon Zou chéri, tu me pardonneras cette hâte involontaire. Ma belle petite fille, je t’aime avec ravissement, et je te donne mes plus doux baisers. Le soir, lorsque nous nous dirons “bonne nuit” et que le sommeil seulement sera entre nous deux, je ne te donnerai pas de baisers plus tendres que ceux que je joins à cette lettre. Et bonne nuit, mon amour chéri.

François

Je t’aime. Je t’adore.
Tu es ma douce chérie
ma bien-aimée
ma fiancée incomparable
comment te dire bien

que je

t’aime ?

Rien n’est plus

merveilleux

que Toi.

Je t’aime à la folie.