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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

[Meuse, près de Stenay] 15 janvier 1940

“JE SUIS UN VÉRITABLE POSSÉDÉ DE TON AMOUR”

2 pp. in-8 (210 x 135 mm), encre noire. 

CONTENU : 

Chère Marie Zou, c’est curieux comme le passé dont tu n’étais pas encore l’actrice me paraît effacé, disparu. Quelques visages, quelques noms, mais pas une trace d’amour, pas même une trace de plaisir qui ne soit perdue, oubliée. Je ne sais plus mes sentiments, plus mes sensations d’avant toi. Ai-je seulement touché la main d’une femme qui ne soit pas toi ? Ai-je éprouvé un désir pour une autre femme que toi ? Je te jure que non. Non seulement tu as envahi mon cœur, et depuis le premier jour, mais encore tu as pénétré mon corps de ton parfum, de ta douceur, de ton désir. Je suis un véritable possédé de ton amour. Plus simplement, et ceci explique cela : je t’aime.

Après t’avoir vue, t’avoir parlé, après t’avoir caressée, aimée, je n’ai jamais ressenti un regret (ce désaccord de l’esprit et des sens) ; je ne mettais pas dans mes baisers la moitié de moi-même de telle sorte que l’autre écoute, observe, se grise et puis s’étonne douloureusement, se torture. Non, chaque fois que je t’ai exprimé mon amour, ç’a été avec l’adhésion totale de mon être. Comprends-tu l’importance de cet aveu ? Oui, j’en suis sûr, car tu sais comme moi cette division intérieure horrible qui termine tout plaisir, tout consentement qui n’est pas uniquement commandé par l’amour. Alors, chérie, n’est-il pas merveilleux de penser que nous avons atteint notre unité en nous donnant ! Moi je t’aime et cela m’a réconcilié avec moi-même.

Je te parle tout à fait comme à une “grande personne” ! Mais tu l’es. Et je te parlerai toujours ainsi. Il n’y a rien à taire de notre amour. Il mérite bien d’être infiniment commenté. Vois-tu, Zou, toute ma vie j’aborderai avec toi tous les problèmes comme si je me parlais à moi-même. Tu es moi et ce sont nos merveilles que je veux toute ma vie comprendre et expliquer.

Je reçois à l’instant ta lettre du 28 postée le 29 à 15h30. Tu me parles de ta “réception” de Jacques, Henry et Marie et de ton calvaire chez le photographe. Pauvre Zou chéri ! Et le résultat de ton ennui, c’est que tu vas être ravissante sur des photos qui seront toujours avec moi. Qui seront un peu de toi. Merci mon amour d’avoir accepté cela pour moi.

Maintenant il fait beau. Quelle douceur de respirer les poumons libres. Dimanche, un dimanche sans toi, mais passé à t’adorer.

Tu me demandes ma pêche bien-aimée, les plus douces caresses. Tu les sais : et si je te les donne aussi passionnément qu’autrefois, quand tu étais réellement contre moi avec ton beau visage (et toi, mon doux amour entièrement et merveilleusement pressée contre moi, adorablement à moi) (“vue d’en-dessus”), tu devines les merveilles qu’elles contiennent… Chérie, à demain. Je t’aime follement et je t’embrasse tout près de l’épaule, comme nous aimons.

François