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MITTERRAND, François

Lettre autographe trois fois signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

Maisons-Laffitte, 27 février 1939

POIGNANTE LETTRE : FRANÇOIS MITTERRAND ESSAIE DE REGAGNER MARIE-LOUISE.

“IL M’EST DÉSORMAIS IMPOSSIBLE DE POSSÉDER UNE PENSÉE VÉRITABLEMENT INDÉPENDANTE”.

CAMP DE MAISONS-LAFFITTE

2 pp. in-8 (200 x 150 mm), encre brune. 

CONTENU : 

Ma Marie-Louise,

Pendant que la pluie tombe et me rappelle qu’elle ne fut pas toujours notre porte-bonheur, je pense intensément à vous. Tout serait triste par ce ciel bas si je ne savais les joies que nous avons connues ensemble. Ma toute petite fille, les jours passent et je vous aime. Que faites-vous ? Je voudrais tant que votre lassitude s’apaise. Hier et ce matin, tant la douce habitude était prise, je ne savais pourquoi j’attendais le courrier avec impatience (je savais pourquoi ma bien-aimée : je crois que tout doit continuer. Je vous aime tellement et l’épreuve m’a fait si bien comprendre ce que je ne vous ai pas donné, ce que je vous donnerai, pour vous rendre infiniment heureuse).

Voyez-vous, ma Marie-Louise, une petite fille, sans en avoir l’air, et malgré l’apparence, peut avoir une énorme influence sur celui qui semble sûr de lui… Et je découvre que vous êtes si bien installée en moi qu’il m’est désormais impossible de posséder une pensée véritablement indépendante. Je veux que ma vie passe à faire votre bonheur. Car je devine votre exigence, plus grande encore que la mienne. Je veux que vous croyez à l’amour et la beauté de tout ce qu’il pénètre.

Ma Marie-Louise, je ne possède pas de plus merveilleux souvenirs que les nôtres. À nous la vie pour la rendre belle, et pleine de tout ce qu’il y a de merveilleux ! Pourquoi vous dire cela ? Parce que tout doit être pareil. Hier et tous ces jours qui étaient nôtres sont si proches.

Et je vous aime plus que tout.

François

J’ai interrompu cette lettre subitement, le courrier allait partir. Qu’elle vous dise quand même tout mon amour. Demain, je serai encore dans ce camp humide et de plein air. Dimanche je serai à Paris chez mon frère, dès la première heure. Écrivez-moi, que je vous voie dimanche un bon moment. Nous parlerons à cœur ouvert, avec la simplicité de toujours parce que nous nous sommes toujours parlés ainsi. Et puis, pourquoi parler du passé ? Il nous faut l’avenir. Je vous aime tant mon Zou. Soyez toujours ma petite fille confiante. À bientôt ma bien-aimée.

François

Encore une de ces lettres écrites en tout hâte. Diable de vie de camp ! Mais pouvais-je passer une journée sans vous ? Leit-motiv de toute ma vie : tout est si lourd à porter, sans vous que j’aime.

Fr.